Mon petit guerrier Hamza s’est envolé loin de nous ..
C’était la cinquième grossesse et mon deuxième bébé-ange, quatrième césarienne …
Voici le récit de ma sœur … 36 heures …
Ce jour-là, tu avais décidé que je serais ta personne pour affronter ce que chaque parent n’ose imaginer.
On avait un plan, un horaire, une valise, des magazines et des collations.
On est entrées par les urgences. Avant, on a dû expliquer au parlophone pourquoi on était là.
Une fois à l’intérieur, au guichet, de nouveau la même explication …
On doit monter au 4ᵉ étage. Au fond du couloir, les ascenseurs.
Je pousse l’énorme valise préparée à la hâte, tu suis avec ton ventre imposant.
On croise une infirmière de nuit : « Félicitations, madame ! ». Je réponds avec un sourire automatique. Je te regarde.
On continue d’avancer.
On est accueillies par une infirmière de nuit. Elle nous explique que cela prendra dix à vingt heures maximum.
On pose des questions, on demande s’il y a des risques à provoquer un accouchement par voie basse, puisque tu as déjà eu trois césariennes. Elles nous rassurent : « Il y a des signes, on les connaît. »
C’est parti: ballon, homéopathie et toutes sortes de mises en scène pour te faire rire.
Entre fous rires nerveux et crises de larmes, la nuit commence.
Les contractions n’arriveront pas. Après plusieurs heures, ils te donnent la péridurale. À ce stade, tu ne quitteras plus le lit.
Tu restes dans le silence, que tu romps seulement pour me dire que tu as très mal à droite.
J’appelle les infirmières.
Elles disent que c’est normal, qu’il faut attendre une ouverture.
Tu resteras ouverte à un doigt tout du long.
Long comme le bras qu’elles doivent entrer jusqu’au coude pour mesurer ton col.
Elles ressortent l’avant-bras couvert de sang, toutes les deux heures.
Et chaque fois, c’est pire. Le col remonte même.
Deuxième nuit. Deuxième péridurale. Tu hurles, tu veux bouger. On ne peut plus te toucher.
Ils me font sortir. Je vais vomir. Je reviens. Tu ne parles plus.
Ta tension descend à 6.
Ils te font des piqûres pour la faire remonter.
On demande d’appeler la gynécologue. Elle nous répond : « Vous êtes sûres ? L’embêter la nuit, ce n’est pas agréable … »
Au matin, de jeunes gynécologues arrivent avec un échographe. Elles parlent tout bas entre elles.
Elles ne nous considèrent pas. Ou si peu.
Elles finissent par nous dire que le bébé est « en transat sur le col ».
Il ne passera jamais.
La gynéco arrive à 10 heures. Elle nous dit que tu pars en césarienne. Je suis tellement contente et soulagée qu’ils arrêtent enfin ce carnage que je l’écoute attentivement, de peur qu’elle change d’avis.
Elle nous répète, comme à des enfants difficiles : « Nous avons suivi le protocole. C’était ce qu’il y avait de mieux. »
36 heures après notre arrivée, tu pars en césarienne.
Ce qu’il y a de mieux.
Pour qui ?
On apprend que tu avais en fait l’utérus déchiré et que le bébé colmatait la fuite avec son corps.
Tu es vivante.
Je suis soulagée. Mais sous le choc.
Est-ce que tout cela s’est vraiment passé ?
On n’a pas dormi. On n’a pas mangé.
On m’a apporté deux cafés et j’ai dû pleurer pour un paracétamol.
On ne l’aura pas vu.
Tu resteras vide, meurtrie, traumatisée.