Après 3 ans de parcours PMA, nous apprenons ma grossesse à la fin du mois de février 2025 suite à une fécondation in vitro.
Nous sommes tellement heureux à l’idée de célébrer notre mariage et l’arrivée d’un bébé la même année et nous nous disons que 2025 sera la plus belle année de notre vie.
Je mène une grossesse sans problème majeur si ce n’est un peu de rétention d’eau et un bébé placé très bas.
Le 15 octobre, à 4h du matin, la poche des eaux se rompt.  Avec mon époux, nous nous préparons et prenons le chemin de la maternité.
Après 9 heures de travail, notre petit Achiel pousse son premier cri à 13h39. Un petit garçon très tonique qui pousse déjà sur ses jambes pour remonter plus haut sur mon ventre sans aide. Dans la foulée, il m’urine dessus, ce qui provoque un fou rire dans la salle de naissance.
Après l’expulsion du placenta et quelques points de suture pour moi, on nous amène en chambre où Achiel est placé au sein pour la tétée d’accueil. Rapidement, il se met à ronchonner et devient bleu autour de la bouche.
La sage-femme contrôle sa saturation en oxygène, elle n’est plus qu’à 84. Elle emmène Achiel avec mon mari et elle le place sous oxygène et fait venir le pédiatre de garde.  Celui-ci fait réaliser prise de sang et radio des poumons mais rien d’anormal n’en ressort.
Par précaution, il demande le transfert dans un hôpital disposant d’une unité de réanimation néonatale car il pense que ce sont juste les membranes des poumons qui ne se sont pas suffisamment ouvertes et qu’avec une injection de surfactant, cela ira beaucoup mieux.
Je suis emmenée auprès de notre fils jusqu’à l’arrivée de l’équipe médicale du second hôpital.
Après examen, la pédiatre nous dit que c’est grave mais que ça va aller. Elle décide de l’intuber au cas où il se dégraderait sur la route.
Nous attendons dans le couloir et sommes autorisés à le voir juste avant son départ vers 18h45.
On nous informe que nous aurons des informations dans les deux heures, le temps du trajet et des premiers soins.
À 21h, mon époux est autorisé à aller le voir mais seul. Il arrive au chevet de notre trésor mais la vue de toutes ces machines, tuyaux et personnes qui s’affairent autour de lui le terrifient, ne se sentant pas capable de regarder cela plus longtemps, il décide de revenir à mon chevet. Il arrive à 23h30.
Nous nous posons pour essayer de nous reposer un petit peu mais un peu avant minuit quart, la sage-femme de nuit entre dans la chambre et nous annonce que je vais être transférée auprès de notre bébé pour pouvoir le voir autant que je le souhaite.
Nous rassemblons nos affaires et un peu avant une heure du matin les ambulanciers arrivent.
Je marche jusqu’à l’ambulance et une fois installée, ils informent mon mari de ne pas essayer de les suivre, qu’ils vont « foncer », nous commençons à nous poser des questions, à nous demander ce qu’il se passe … Le trajet en ambulance est très rapide, trop rapide … Ils roulent à vive allure, gyrophares et sirènes allumées, grillent tous les feux rouges, ce qui m’inquiète davantage.
Arrivée à l’hôpital, on m’annonce qu’on m’emmène en maternité mais seulement, à la sortie de l’hôpital, je vois le panneau « Service de réanimation néonatale ». L’un des ambulanciers me dit que nous allons d’abord voir bébé, que nous irons à la maternité après.
Seulement, une fois passé la porte, je suis accueillie par cinq personnes dont la pédiatre rencontrée avant le transfert.
Je suis emmenée dans une petite pièce et j’entends les mots qu’aucun parent ne devrait jamais entendre « Nous avons tout essayé mais malheureusement votre bébé ne réagit pas aux traitements. Même avec l’oxygène au maximum sur la machine et un ballonnement, sa saturation ne remonte pas. Ses poumons sont tout blancs sur les radios, cela veut dire qu’ils sont semblables à deux blocs de pierre. Malheureusement, il va falloir le laisser partir». Ces mots, je les entends seule. Mon mari n’est pas encore arrivé.
Lorsqu’il m’appelle pour me demander dans quel service je suis, le médecin me demande de ne rien laisser paraître.
Comment ne rien laisser paraître quand votre monde s’écroule ?Il arrive enfin à mes côtés et en voyant mon visage dévasté, il comprend et s’écroule à son tour.
Une très gentille infirmière nous demande nos téléphones et appelle nos parents et nos frères pour les prévenir et leur demander de venir à notre chevet pour affronter cela.
Nous sommes ensuite autorisés à aller voir Achiel et à le prendre dans nos bras. Je force mon mari à le prendre et lui dit que s’il ne le fait pas maintenant, il ne le fera jamais. Nous donnons notre accord au médecin pour le débrancher et il s’éteint dans les bras de son papa à 2h30 du matin après lui avoir dit « Tu peux y aller, papa et maman se relèveront, on te le promet ».
Peu de temps après, nos proches arrivent et sont autorisés à le rencontrer.
Vers 4h nous assistons à son bain et à son habillage et sommes transférés en unité de « grossesse pathologique » avec Achiel.
On nous dit de prendre notre temps et de sonner quand nous serons prêts pour l’emmener à la morgue, chose que nous ferons vers 6h du matin.
En 24 heures, nous sommes passés de la plus belle des années à la pire de nos vies.
À l’heure où j’écris ces lignes (21 janvier 2026) nous ne savons toujours pas ce qu’il s’est passé et attendons toujours les résultats de l’autopsie.
Heureusement, nous avons été bien accompagnés par l’équipe de l’hôpital où j’ai accouché et je sais que si un jour la vie nous offre la possibilité d’offrir un petit frère ou une petite sœur à Achiel, nous leur ferons à nouveau confiance.
Achiel souffrait d’une pathologie du surfactant (substance savonneuse naturellement présente dans les poumons qui aide les alvéoles à rester « ouvertes » et empêche l’eau présente dans les vaisseaux capillaires sanguins de s’introduire pour faciliter les échanges gazeux entre autres).
C’est une pathologie très rare qui ne touche environ qu’un couple sur 3 millions et qui comporte plus de 300 variantes différentes, ce qui fait que l’on ne saura jamais davantage si c’était l’absence de cette substance, sa mauvaise qualité ou un problème avec le canal qui véhicule le surfactant qui était présent chez notre petit garçon.
Toutefois, nous avons eu une réponse et nous savons pourquoi Achiel nous a quitté et c’est le plus important à nos yeux.
Achiel, la plus belle et scintillante des étoiles, 3 kilos 650 et 50,5 centimètres pour toujours.