Bonjour, je m’appelle Clémence et j’aimerais partager l’histoire de ma première grossesse et de notre entrée dans la parentalité.
Je tombe enceinte en février 2019 après plusieurs mois d’attente. Quelle joie ! Je vis les premiers mois dans la découverte, malgré les nausées permanentes : première écho, première rencontre, premiers battements de cœur. Nous voilà partis dans cette fantastique aventure ! Le premier trimestre se passe sans encombres : “tout est parfait, vous avez passé le premier trimestre. Il n’y a pas de raison qu’il arrive de catastrophe” me dit la gynéco (première rencontre avec elle car mon gynéco “historique” venait de tomber en arrêt maladie). Suite à ces mots, je suis rassurée. Et pourtant …
Le soir du vendredi 6 juin 2019, je perds les eaux chez moi. Je le comprends de suite mais je reste dans le déni : ça ne peut pas être ça si tôt, il y a une autre explication. Malheureusement, la gynéco de garde à l’hôpital confirme l’inimaginable : j’ai perdu trop de liquide amniotique pour qu’il se régénère. J’assiste, impuissante, avec mon mari, aux faibles derniers battements de cœur de mon bébé.
Je me suis sentie mourir à l’intérieur de moi. Je sais aujourd’hui qu’une partie de moi est morte ce soir-là. Tout s’arrête, tout se brise. Ce n’est pas possible, pas moi, pas nous. On m’avait dit que je ne risquais plus rien !
La gynéco revient et m’annonce que je vais rester à l’hôpital et que je vais accoucher. Au choc et à la tristesse profonde s’ajoute une angoisse : accoucher ? Je ne sais pas comment on fait, je ne suis qu’à seize semaines ! Heureusement, le personnel me trouve une place en gynéco et non à la maternité.
Les contractions commencent le samedi soir, naturellement. J’ai peur. Très vite, j’ai mal, de façon insupportable. Je délire aussi, je fais 40 de fièvre, mon corps se protège et se bat contre une infection. L’accouchement durera toute la nuit. Heureusement, j’ai finalement droit à une péridurale à 1 heure du matin. Notre bébé nait le dimanche matin, dans un silence glaçant. “Félicitations, vous êtes devenus parents”. Les plus beaux et les plus douloureux mots. Rapidement, je dois partir au bloc, car on n’arrive pas à récupérer tout le placenta. Au réveil, je suis vide. Vide de tout. Après de multiples discussions et interrogations, nous avons décidé de ne pas voir le bébé. Par peur d’être dégoutés, par besoin de se protéger un peu.
Je passe tout le WE à l’hôpital vu que c’est un long WE avec un jour férié. Le mardi, je rencontre la psy, l’assistante sociale. Tout tourne. On me libère et je retourne chez moi. Vide, vide, vide, vide. Il ne reste que quelques échos et deux petites traces de pieds. Ma vie s’est arrêtée, pourtant, à l’extérieur, le monde continue à vivre. Cette normalité est insupportable. La réaction des gens également. Le soutien est incroyable, mais les mots sont tellement en décalage : “toi tu peux en avoir, tu en auras un autre …”, les classiques. Je reste un mois à la maison, perdue. Je ne veux pas sortir, je ne veux pas voir d’autres femmes enceintes. Très vite aussi, un décalage se crée dans le couple : mon mari est reparti au travail, le deuil se fait à une vitesse différente. Et après ? Comment fait-on ?
Les analyses ont révélé que j’avais contracté une infection qui avait provoqué la rupture de la poche des eaux. Mon bébé, lui, n’avait rien. La faute à pas de chance. Je me sens en total déchirement avec mon corps. Il a failli, il n’a pas su porter mon bébé, il a échoué.
Petit à petit, nous avons mis des choses en place : nous sommes retournés voir la psy rencontrée à l’hôpital afin de recevoir une aide pour que notre couple continue d’avancer main dans la main ; j’ai rencontré une nouvelle gynéco incroyable. J’ai repris pied, petit à petit. Une seule chose me donnait de l’espoir : tenir bon pour pouvoir un jour tenir mon bébé dans les bras. Le plus difficile ? Vivre la date du terme annoncé.
Après un contretemps médical arrive 2020. Je découvre en janvier que je suis enceinte. Une grossesse qui va se passer merveilleusement bien malgré le COVID. Mais cette grossesse sera un défi quotidien : la moindre inquiétude renvoie à des traumatismes plus profonds. Je suis mon seul ennemi. Mon mari et moi continuons à nous faire suivre par la psy durant la grossesse et ce suivi nous a énormément aidés.
Le 9 juin 2020, un an plus tard, je me sens d’ailleurs suffisamment forte pour demander à notre gynéco de nous annoncer le sexe de notre premier bébé, que nous n’avions pas voulu savoir.
Le 17 septembre 2020, je serre contre mon cœur mon petit garçon, né par césarienne (pour la réconciliation avec le corps, il faudra attendre encore un peu).
Le 7 septembre 2023, je serre ma fille contre moi, née par voie basse, mais avec un mois d’avance ! Cette fois-ci, je sens que j’ai fait la paix avec mon corps.
Aujourd’hui, nous sommes en mai 2025. Cela fera bientôt six ans que c’est arrivé. Pourtant, pas un jour ne passe sans que j’y pense.
La résilience est là, le recul aussi. Cet événement a bouleversé ma vie (je la vois toujours comme fractionnée en deux, un avant et un après juin 2019).
Il m’aura fallu cinq ans pour me rendre au cimetière sur la passerelle des anges.
Aujourd’hui, je n’ai qu’un seul regret : je n’ai pas dit au revoir à mon bébé. Je cherche, peut-être que ce témoignage aidera à faire un pas vers ce pardon là.
Je tenais à remercier l’incroyable équipe du CHU ND des Bruyères, surtout Christelle, la sage-femme qui m’a accompagnée cette nuit-là et qui l’a rendue plus douce.
Merci à Mme Paesmans.
Merci au Dr Van Linthout, une incroyable gynéco, que je n’aurais pas rencontreé sans cette aventure.
J’ai découvert l’ASBL “Au-delà Des Nuages” plus tard évidemment. J’aurais aimé vous connaitre à ce moment-là.
“À tous les enfants qui n’ont eu d’autre existence que l’empreinte de leur souvenir” [Catherine Radet]