Je m’appelle Melodie, mon mari Leone. Le 27 octobre 2023, on apprend après un test de grossesse que je suis à nouveau enceinte.
Notre fils avait 4ans et demi et on était prêts à agrandir notre famille.
4 mois plus tard, on apprend avec bonheur qu’une fille allait venir compléter notre famille.
On se sentait chanceux d’avoir pu être bénis à nouveau au moment où on le souhaitait, et que Dieu ait pu nous ouvrir la paire du premier coup.
Ce fût une grossesse aussi dure que la première avec des nausées tout au long, mais on l’acceptait avec plaisir car au bout ce ne serait que bonheur.
On arrivait au bout du tunnel enfin, tout était prêt pour l’accueillir … et à 34 SA, je me réveille un lundi, lors de ma dernière semaine de travail avant mon congé de maternité, préoccupée.
La veille, jour de la fête des mères, je m’endors inquiète car je ne me souviens pas de quand je l’avais entendue bouger pour la dernière fois.
Toute la nuit, je m’étais réveillés plusieurs fois pour écouter mais rien.
Le matin, je ne vais pas au travail et je dis à mon mari qu’on aille à la maternité pour un contrôle.
Une sage femme me fait un monitoring: rien … je commence à pleurer, elle me rassure en me disant d’attendre parce que son appareil est vieux et qu’elle va appeler le gynéco.
On m’emmène dans le bureau du gynéco qui me fait une écho et là, c’est officiel. Le ciel nous tombe sur la tête, Moliga s’en est allée.
On nous laisse seuls pour digérer la nouvelle, mais comment peut-on digérer ça ? Aucun mot ne sort, que des larmes, et notre fils qui est là à nous regarder sans comprendre ou à moitié.
On nous emmène dans une chambre, mon mari rentre à la maison pour préparer des affaires et j’attends avec mon fils à l’hôpital, à pleurer et essayer de comprendre “Pourquoi ??!! Qu’est ce que j’ai fait ??!!!”.
On nous annonce que je devrai accoucher normalement 2 jours après, qu’une césarienne, ce serait payer trop cher pour ce que j’aurai en retour … j’accepte sans trop savoir pourquoi.
La famille petit à petit est tenue au courant, s’en suit leur déception, leur tristesse et tu te sens encore plus coupable … de nous faire vivre ça mais aussi à eux.
2 jours après, on vient me chercher. J’ai avalé un comprimé pour démarrer le travail, on me dit que ça peut aller vite comme ça peut n’arriver que le lendemain.
2 heures plus tard, je ressens déjà les contractions, on appelle l’anesthésiste qui vient directement me mettre la péridurale.
Je continue quand même à tout ressentir, les sages femmes me disent que ça va arriver.
Je sens qu’il y’a un problème mais j’accepte et j’encaisse les douleurs.
30min plus tard, elles décident de rappeler l’anesthésiste. Il ne comprend pas et finit par me refaire une péridurale … rien du tout, je continue à tout sentir, je finis par me lever et me mettre accroupie tellement ça fait mal.
Effectivement, ça ne marche pas. Ils cherchent tous l’erreur et trouvent un fil coupé. Je crie qu’elle va sortir et tout le monde m’encourage à pousser.
Après des minutes interminables, ses petits pieds et son petit ventre sortent. Je me sens vidée mais tout le monde continue de crier.
J’entends que la tête n’est pas sortie mais que mon col s’est refermé. Je n’y arriverai pas : tout le monde crie, mon mari me supplie de penser à notre fils. Et là, je ne sais d’où ça vient mais en criant le prénom de mon fils et en suppliant Dieu, mon col se réouvre et Moliga accepte enfin de sortir.
La sage femme s’écroule en pleurs et part, d’autres qui étaient rentrées entre temps prennent la relève.
Elles emmènent notre fille et on se met à pleurer avec mon mari car elle n’est réellement plus avec nous.
Après l’avoir préparée avec ce qu’on leur avait donné, on nous l’amène. Une magnifique petite fille, encore plus belle qu’on ne l’avait imaginée, avec toute la tête de son père.
Ma beauté, notre magnifique Moliga qui manquera à jamais à nos vies. On reste avec elle quelques heures et on nous la prend pour l’emmener en chambre froide.
S’ensuit un processus interminable et douloureux de papiers administratifs car je veux l’enterrer auprès de mon père sur une autre île à une heure de vol. On ne prend l’avion que 5 jours après, 5 jours où ma vie s’est clairement arrêtée. Et le 3 juin enfin on part avec elle pour son dernier voyage pour la mettre en terre.
Au revoir notre fille tant aimée et espérée.
1 mois après, j’ai mon rendez-vous post natal mais aucune réponse.
Pas d’autopsie disponible sur l’ile où on vit, seules quelques analyses qui n’ont abouti à rien.
Je demande si je peux entamer une nouvelle grossesse car l’envie reste là, l’envie d’espérer à un bonheur après la douleur. On me répond que oui et qu’il n’y a pas de raison que ça se reproduise.
4 mois apres le départ de Moliga, j’ai mal au ventre et je vais consulter. Je dis au médecin que jais des tâches noirâtres sur mes sous-vêtements et elle me dirige vers la sage femme.
Elle me fait une prise de sang et me fait une écho. Rien à l’écho mais la prise de sang révèle un début début de grossesse. Son diagnostic : grossesse extra utérine ! Je me revois sombrer, mon mari arrive, et on pleure.
Le gynéco arrive le lendemain (absent la veille) et nous dit qu’il est trop tôt pour voir quoi que ce soit sur l’écho et qu’il faut attendre pour confirmer quoi que ce soit. Je me sens énervée contre la sage femme mais je me remets à espérer.
Une semaine après, on voit enfin une tache sur l’écho et le taux BHCG qui augmente. Grossesse évolutive, tout va bien.
On me surveille tous les mois, tout va pour le mieux. Même les nausées disparaissent après les 3 premiers mois, pas comme les 2 premières grossesses. On se sent confiants. C’est une fille !
Arrive la 32ème semaine d’aménorrhée, j’ai la boule au ventre. J’ai un rendez-vous le lundi, tout va bien. Le jeudi, j’ai peur, j’y retourne.
Monitoring, elle est encore là et elle respire. La sage femme laisse tourner et on discute. 1 heure après, on est encore là, je sens qu’il y’a un problème. Elle me dit qu’on va faire une écho et là, elle m’annonce qu’elle voit un hématome au cerveau de bébé et qu’il faut que je sois transférée en Nouvelle Calédonie où bébé pourra être mieux pris en charge surtout en cas de césarienne. Un petit avion médical vient me chercher toute seule à 00h, j’arrive à Noumea vendredi à 7h30.
A 8h, j’arrive en maternité, elle respire encore mais plus aussi fort. Code rouge, tout le monde s’alarme autour, césarienne en urgence, et moi en larmes : “Pitié sauvez là !”
Je me réveille 2 heures plus tard en salle de réveil, 2 infirmières sont là et je n’ose pas leur demander. Elles viennent à moi et me disent que le pédiatre va arriver. Je comprends et je pleure en silence.
Il arrive et m’annonce qu’ils ont essayé mais n’ont pas réussi. Vaealagi a respiré 2 minutes mais avait déjà trop souffert.
Tout revient, on revit tout, mais avec ma famille de Noumea et seule car mon mari et mon fils n’arriveront par avion que le lendemain.
On n’y croit pas mais c’est bien le cas, ça nous arrive encore. Vaealagi, notre deuxième fille s’en est aussi allée … et on revit tout, la douleur, la culpabilité, les questions sans réponses, les au revoir avec le corps de notre fille, tout.
2 mois après, aujourd’hui, on continue de vivre car il le faut mais avec cette certitude que tout a changé en nous et que rien ne sera comme avant.
L’avenir nous permettra-t-il d’enfin agrandir notre famille ? On ne sait pas … Pourrais-je l’accepter si ce n’était pas le cas ? Pas sur …
En tout cas, on continue de vivre et on prie.