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Marilou*

Le 26 avril 2024, mon terme étant dépassé de 4 jours, nous avions rendez-vous à l'hôpital à 17h pour un déclenchement. L'après-midi, mon mari est avec moi, nous faisons un... Lire plus

Le 26 avril 2024, mon terme étant dépassé de 4 jours, nous avions rendez-vous à l’hôpital à 17h pour un déclenchement.
 
L’après-midi, mon mari est avec moi, nous faisons une sieste. Je n’y arrive pas, j’ai mal dans le bas du dos et au ventre mais c’est encore gérable.
Je décide d’aller prendre une douche et je remarque que j’ai perdu le bouchon muqueux. Je me dis alors que les douleurs au ventre et au dos sont liées et que le travail se met en route (il est temps, je suis à 41+4 SA!).
Mon mari et moi nous préparons, nous mettons les affaires dans la voiture. Nous allons même récupérer des colis que nous avions pour notre fille avant de nous rendre à notre rendez-vous à 17h.
Nous voilà arrivés sur le parking de l’hôpital, on plaisante en disant “imagine que tu es déjà avancée dans le travail et qu’en fait tu accouches en arrivant”, on est heureux, innocents et insouciants.
 
À l’accueil, on nous fait patienter car il y a un problème avec les étiquettes (on perd une vingtaine de minutes).
 
Nous arrivons enfin en maternité, on me pose le monitoring. La sage femme me demande dans quel sens est positionnée ma fille habituellement. Je ne m’inquiète pas car je pense que je ne comprends pas ce qu’il se passe. Elle cherche longuement, me pose un oxymètre sur le doigt à la recherche de mon pouls (je comprends plus tard qu’elle entendait un pouls très faible et qu’il s’agissait de celui de ma fille).
Je me tourne vers mon mari, je vois son regard inquiet. Lui, il a compris.
 
Un gynécologue arrive et me fait une échographie rapide. Le résultat tombe, il faut partir en césarienne en urgence pour tenter de sauver ma fille qui est en bradycardie sévère.
 
La sage femme me pose la sonde urinaire rapidement étant donné que nous sommes dans l’urgence et me déshabille avec l’aide de mon mari. Tout le monde court autour de moi, on m’embarque sur mon lit à toute vitesse dans le couloir en faisant tomber un chariot de médicaments et mes lunettes que je vois mon mari ramasser. Je n’ai même pas le temps de lui dire au revoir, que je l’aime ou que lui ait le temps de me dire que tout ira bien. En 2 minutes, je me retrouve seule, entièrement nue, entourée d’une équipe médicale que je ne connais pas. J’entends hurler “césarienne code rouge”.
Je me souviens seulement d’une personne me demandant comment s’appellera ma fille en me caressant gentiment les joues et essayant de me rassurer.
Je m’endors, on me fait une anesthésie générale et mon mari n’est pas là.
 
Lui, il est seul, en salle d’attente. Un monsieur attend lui aussi en salle d’attente, il voit le monde s’activer et courir et dit “je ne sais pas ce qu’il se passe, mais ça doit être grave”.
 
Mon mari, lui, sait que c’est grave et sait de quoi il s’agit et de qui il s’agit (la femme qu’il aime et leur petite fille tant attendue).
 
Environ une heure après mon anesthésie, je me réveille. Autour de moi, toujours les mêmes visages inconnus auxquels je demande “comment va la petite?”.
Je répète cette question à plusieurs reprises, je vois les regards fuyants et personne qui ne me répond. On me transfère de mon lit d’opération à un autre lit, je hurle de douleur.
Mon mari m’entend jusqu’à la salle de réveil dans laquelle on m’installe pour le rejoindre. Je claque des dents, de toutes mes forces. Je pleure, j’ai froid, j’ai peur, je ne comprends pas et mon bébé n’est pas là.
 
Le gynécologue qui m’a opérée vient nous voir, accompagné de deux ou trois autres personnes. Il me demande comment je vais, ce à quoi je réponds “comment va ma fille ?” Mais je crois qu’à ce moment là, je sais … Je sais ce qu’il va m’annoncer, je sais ce qu’il va me dire. Je l’ai compris à la gravité de son visage dès son entrée dans la pièce. Je l’ai compris aux visages des personnes qui l’accompagnent.
Je l’ai compris par instinct maternel aussi, certainement.
 
Il m’annonce qu’il est désolé, qu’ils l’ont réanimée pendant près d’une heure, mais que son cœur était trop faible.
 
Je crois que je ne pleure même pas, je ne comprends vraiment pas ce qu’il se passe. Ou peut-être que je pleure en fait, finalement je ne sais plus vraiment.
 
Je me souviens appeler ma mère qui est heureuse en décrochant son téléphone. Je m’excuse, je lui dis que Marilou est décédée. Je n’arrête pas de m’excuser. Je m’en veux terriblement. Je n’ai rien pu faire, je n’ai rien vu venir, je n’ai rien senti, je n’ai pas pu protéger mon bébé, mon corps a failli, il m’a trahie.
 
Je lui en veux terriblement, je ne lui fais plus confiance. On nous installe en maternité, on y passera 4 nuits. 4 nuits à entendre les bébés des chambres voisines pleurer, 4 nuits à espérer que mon bébé aussi pleurera un jour. Mais le silence, c’est tout ce qu’il restait. Mon mari a souhaité voir Marilou dès son décès. Moi non, j’étais perdue, douloureuse, pas là psychologiquement. Il est revenu en me disant qu’elle était magnifique.
 
Les sages femmes et auxiliaires de puériculture nous ont apporté des photos d’elle et j’ai demandé à la voir dès le lendemain. Mon dieu ce qu’elle était belle et apaisée. Qu’est-ce que j’avais envie de l’entendre, de la bercer et de prendre soin d’elle …
 
On nous a demandés si nous souhaitions une autopsie, que nous avons refusée. Seul mon placenta est parti en analyse. Celui-ci a révélé 3 thromboses mais pas assez pour expliquer la cause de son décès.
 
Le 7 mai 2024 nous avons dû lui dire au revoir pour toujours et l’accompagner dans sa dernière demeure. Je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. Ce jour là, j’ai fait deux malaises, j’ai vomi et j’ai été prise d’une diarrhée et d’énormes maux de ventre. Mon corps a littéralement parlé.
 
Aujourd’hui, presque un an et demi après (déjà) nous attendons un petit frère pour Marilou. Qui ne la remplacera jamais, mais qui illumine notre ciel que l’on pensait rester gris à jamais.
 
Le chemin est long, difficile, semé d’embûches. Nous pensons même que le bonheur n’arrivera plus jamais. Et puis, finalement, doucement, des petites choses, des petits bonheurs viennent à nous. Mais nous n’oublierons jamais Marilou. Elle reste notre premier enfant, à jamais. J’ai deux enfants. Marilou, et son frère à venir. Elle laisse une trace indélébile et je continue à parler d’elle, sans aucun tabou.
Elle laisse une blessure béante, mais nous continuerons de l’honorer jusqu’à la fin de nos jours.

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