Je m’appelle Auréa. Notre histoire commence le 19 octobre 2024 où mon conjoint et moi essayons depuis 3 mois environ de fonder notre petite famille.
Je me lève le 19 octobre au matin, il est 5h00, je fais un test par hasard car je ne savais pas quand j’avais ovulé vu que j’avais décidé de supprimer l’application pour éviter de trop y penser. Et pour le coup j’étais pas prête du tout mais ça a été un très beau positif directement et là, le début du bonheur, enfin, c’est ce qu’on pensait.
J’ai un début de grossesse classique, j’effectue prise de sang et 1ère échographie de datation le 07 novembre 2024 et là surprise: nous n’attendons pas un mais deux bébés ! Je n’étais pas supposée avoir des jumeaux mais la nature nous avait offerts ce beau cadeau donc nous avons encaissé le choc de la nouvelle et au final nous étions tellement reconnaissants.
Les jours passent, j’arrête le travail assez tôt car il est assez physique et je sens que mon corps travaille beaucoup. Je ne travaille pas mais je vis normalement (ménage, je bouge en voiture etc).
Le 1er décembre, je me rends une première fois aux urgences gynécos car je perds du sang rouge vif comme un début de règles, sans plus de douleurs. Je suis à 10 semaines et 3 jours. Je tombe sur un gynéco de garde qui regarde à l’aide d’une échographie abdominale si tout va bien et d’après elle, tout est ok. Elle ne parlait presque pas français donc quand j’essayais d’avoir des explications de pourquoi je saignais car je savais que c’était pas normal, elle ne me répondait pas.
Je sentais déjà quelque chose qui n’allait pas, je me sentais angoissée depuis le début mais comme je suis une anxieuse de nature je me suis dis que j’extrapolais encore. J’ai demandé une échographie en plus par le docteur qui me suivait pour les échos et elle n’a rien vu non plus (malheureusement, je n’avais pas de gynéco qui me suivait). J’avais souvent mal au ventre mais c’est une 1ère grossesse et gémellaire donc je relativise aussi.
Les jours passent, les saignements s’estompent en quelques jours donc ça va mieux. Je continue de vivre ma vie je passe la T1. Le test Dpni est bon, je suis rassurée.
Puis arrive le mois de janvier. Un matin, je me lève, je vais aux toilettes comme tous les matins et juste après j’ai comme une sensation d’être mouillée jusqu’au pyjama. Sur le coup, je prends sur moi je me dis que c’était peut être de l’urine ou des pertes. Quelques petits jours passent et un matin pareil je vais aux toilettes et je perds du liquide qui traverse mon pyjama et là je me dis que quelque chose ne va pas donc j’appelle l’hôpital qui me dit de venir.
Je m’y présente, je tombe sur le même gynéco qui me fait juste une écho abdominale et regarde les niveaux de liquide et me dit que tout est bon sans plus d’explications (étonnamment), j’étais à plus de 3 mois à ce moment-là.
Donc, je repars sans explications sans être vraiment rassurée, toujours avec cette angoisse comme si mon corps savait qu’il y avait quelque chose.
Le 1er février 2025, on fait notre gender reveal. Je me souviens de cette journée où j’étais encore tellement heureuse, je bougeais partout, je ne me reposais pas en fait. Ce qui n’a pas arrangé les choses au final. On découvre nous attendons une fille et un garçon, le rêve quoi !
On connaissait déjà les prénoms Papa a choisi celui de son garçon, Marceaux et moi celui de ma fille Esmée comme ça pas de jaloux !
Pour nous ce fût la dernière journée où nous étions vraiment heureux sans insouciance.
Les jours continuent de passer, je me souviens avoir perdu un filet de sang, j’en parle à ma sage femme et elle ne relève pas non plus et comme j’ai déjà saigné plus que ça je ne m’inquiète pas.
Nous sommes le 15 février 2025, mes bébés me réveillent très tôt, je les sens beaucoup bouger donc je suis contente. Je me lève le matin pour aller aux toilettes et rebelote du sang rosé en m’essuyant. Ayant déjà vécu ça en décembre, je prends sur moi et je me dis que ça va passer aussi surtout que je n’avais pas tant de douleurs. Je laisse passer la journée, je me repose, ma sœur me rejoint le soir car j’avais organisé un repas.
Et elle me pousse à me rendre à l’hôpital donc j’y vais avec elle sans penser à la suite.
Et là je tombe sur une autre gynéco qui cette fois procède différemment, elle fait une écho abdominale, les bébés vont bien. Elle décide d’examiner mon col et là, tout bascule … Col déjà ouvert avec poche des eaux bombante. Je fais un monitoring et j’ai de petites contractions. Je ne suis qu’à 21 semaines et 3 jours à ce moment là et je me suis dis il faut qu’on tienne jusqu’au stade viabilité, j’avais espoir malgré tout …
Je reste sur place avec mon conjoint j’arrive à dormir quand même mais le lendemain j’ai du mal à déjeuner, j’ai de plus en plus mal au ventre, j’ai de grosses douleurs de règles qui commencent à me tordre et je continue de saigner alors j’appelle une infirmière. De là on me transfère en salle d’accouchement pour être mieux surveillée (je pense que le personnel savait que c’était fini).
On continue d’examiner mon col, il continue de s’ouvrir on me fait comprendre que le travail a commencé et que je vais devoir accoucher dans quelques heures et ça je l’ai compris directement.
Plus tard, on me pose la péridurale pour ne pas que je souffre et avec le recul, j’en suis heureuse.
S’en suivent des heures d’attente, je pleure, je vomis, je patiente mais je reste forte pour mon conjoint. Mon corps, à partir du moment où je suis allée dans cette salle, est resté en mode robot, je savais qu’il fallait que j’arrive à faire naître mes petits car ça pouvait être dangereux pour moi. Arrive la fin d’après midi, ça y est c’est le moment, et dire qu’il y a quelques heures je ne savais même pas comment accoucher. On me dit de pousser, je me laisse guider; ma fille sort la première (elle était déjà engagée dans le col depuis le début d’après midi).
On me fait une écho pour voir comment se présente mon fils, je ne vois plus qu’un bébé ça me fait un choc.
Puis je dois pousser pour mon fils … Je pousse et j’expulse mon fils (expulser c’est vraiment le mot) … Ça y est, c’est terminé, enfin presque. Je sors le placenta de ma fille assez facilement. Pour celui de mon fils, on a dû aller me le chercher.
Heureusement que j’ai eu la péridurale car je n’ai vraiment pas eu un accouchement douloureux et pas traumatisant physiquement en tout cas. On me propose rapidement de voir mes enfants et sur le coup je n’ai pas eu le force de les voir (je m’en veux un peu).
J’attends deux heures et on me propose de voir mes enfants qui étaient sous lampes chauffantes, je les ai aperçus car j’étais affaiblie et fatiguée par la péridurale et les émotions. Ils sont magnifiques. Entre temps on vous demande un tas de questions du type comment s’appellent-t-ils ? Que souhaitez-vous faire pour les funérailles ? Voulez-vous pratiquer une autopsie ? Heureusement que la famille nous a soutenus, vraiment.
Mes bébés sont nés sans vie à 21SA et 3 jours sans bruit mais avec tout l’amour qui les entouraient.
Les jours suivants ont été extrêmement durs mentalement, les voir en chambre froide, le vide quand on se lève le matin, organiser des funérailles qu’on ne devrait pas, le post partum qui est là sans les bébés et j’en passe … Le deuil ne se fera pas mais le temps nous apprend à avancer et à en faire notre force au quotidien.
Au final, il a été découvert que j’ai un col court de base, j’ai attrapé une infection vaginale qui est remontée et a infecté la poche des eaux de ma fille (chorioamniotite) et la poche des eaux a probablement percé. C’est le scénario le plus probable.
Toutes mes pensées aux Étoiles qui brillent avec mes deux bébés. ✨ On est des warriors.