Je veux partager mon histoire pour que Thorgan, mon fils, continue un peu de vivre à travers mes mots.
Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, j’étais comblée de bonheur.
Depuis toujours, je rêvais d’avoir une petite fille et c’était mon souhait le plus cher. Mais au moment de l’échographie, le gynécologue m’a annoncé que j’attendais un petit garçon.
Je me souviens avoir ressenti une immense tristesse et même pleuré sur son fauteuil. Mon mari m’a consolée, me rappelant que l’important était que notre bébé soit en bonne santé.
Quelques heures plus tard, j’ai fini par accepter cette nouvelle, et mon cœur s’est rempli de joie pour lui.
Pourtant, après la perte de notre fils, j’ai traversé un moment très sombre où je me suis dit que c’était peut-être de ma faute. Que peut-être, parce que j’avais rêvé d’une petite fille et que j’avais été triste d’apprendre que c’était un garçon, cela avait joué un rôle dans ce qui s’était passé … Je sais aujourd’hui que ce n’était pas vrai, mais ces pensées de culpabilité m’ont traversée et m’ont énormément blessée.
La grossesse se déroulait bien jusqu’à ce soir-là, vers six mois et demi. En me couchant, j’ai remarqué que mon ventre semblait « flasque », et mon mari a partagé son inquiétude.
La nuit a été longue et angoissante : je n’avais pas senti bouger mon fils. Le lendemain matin, j’ai décidé d’aller aux urgences, pensant qu’on me rassurerait simplement.
Mais les choses se sont enchaînées très vite. Une infirmière a utilisé un appareil plus performant, car elle n’entendait pas bien le cœur de mon bébé puis a appelé la cheffe de service … et quelque chose me disait que ça n’allait pas. Puis , la pire nouvelle de ma vie … Vous la connaissez …
Ensuite on m’a demandé de rentrer chez moi, avec mon bébé décédé encore dans mon ventre, et de revenir seulement le lendemain pour accoucher. Je me souviens que c’était insoutenable. Mon mari était là, mais je devais repartir comme si de rien n’était.
Le lendemain, je suis revenue à l’hôpital, perdue, dévastée et totalement dépassée.
Après l’accouchement naturel, j’ai choisi de ne pas prendre Thorgan dans mes bras. Mon mari a passé un petit moment avec lui, et encore aujourd’hui, je regrette de ne pas l’avoir tenu.
La gêne et le tabou autour de la mort périnatale m’ont empêchée de demander. J’ai aussi eu l’impression que le corps médical n’était pas spécialement formé à ce genre de scénario dramatique.
Après l’accouchement, on m’a installée dans une chambre en maternité, au milieu des mamans qui venaient d’accoucher. Je me souviens que des gens apportaient des bouquets, du chocolat, des cadeaux … et moi je pleurais seule, sans mon bébé. À ce moment-là, j’ai pensé que c’était honteux, que je n’avais rien à faire là.
Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai compris : même si Thorgan était décédé, j’étais devenue maman, et c’était ma place.
On m’a expliqué que pour comprendre ce qui s’était passé, une autopsie allait être réalisée sur mon fils. Ce n’était pas une proposition, mais une décision annoncée par le gynécologue.
Il m’a dit ces mots : « Madame, vous savez ce que c’est une autopsie !?… On prend tous les petits bouts de votre fils pour analyser, pour voir ce qui ne va pas».
J’étais dans un autre monde, je ne savais plus où j’étais. Ces mots restent gravés en moi, dans toute leur froideur.
Et il y a eu ce moment aussi, avant mon accouchement, quand le gynécologue est venu examiner mon col. Il y avait un stagiaire avec lui et il lui a dit : « Vous ne verrez pas ça souvent, il faut profiter de l’occasion». Ces mots, prononcés comme si c’était un spectacle à observer, m’ont sidérée. Je n’ai rien répondu, j’étais juste là, dévastée.
Aujourd’hui, Thorgan aurait 12 ans. J’ai maintenant une petite fille de 10 ans, que j’aime intensément. Mon expérience m’a appris à savourer chaque moment avec elle et à comprendre la fragilité de la vie.
Être enceinte ne signifie plus seulement attendre un bébé : cela signifie aussi chérir la vie, parfois avec peur, parfois avec espoir.
Je raconte mon histoire aujourd’hui pour honorer la mémoire de Thorgan, mon fils, né le 12 août 2014. Chaque mot que je partage est un peu de sa vie, un peu de lui qui continue d’exister à travers moi.