Icône d'étoile | Au-delà Des Nuages

Jeanne*

Je m'appelle Eglantine, j'avais 34 ans lorsque je suis tombée enceinte de mon premier enfant.  Mon terme était prévu le 9 janvier 2024.  Une grossesse normale, rien de... Lire plus

Je m’appelle Eglantine, j’avais 34 ans lorsque je suis tombée enceinte de mon premier enfant.  Mon terme était prévu le 9 janvier 2024.  Une grossesse normale, rien de particulier.
Le 31 décembre, nous fêtons la nouvelle année, je sens encore ma petite crevette bouger, elle a le hoquet, les contractions commencent tout doucement.
Le 1er janvier, je contracte encore mais rien de régulier.  Je  décide de rester à la maison et de patienter comme me l’a conseillé la sage femme.
Je me souviens m’être fait la remarque de ne pas l’avoir sentie bouger ce soir là.
J’ai essayé de me rassurer en me rappelant les mots de la sage femme vue 5 jours avant : “elle a moins de place et est engagée dans le bassin, c’est normal que tu la sentes moins, tu accoucheras avant le 31”.  Mais le 1er, toujours pas d’accouchement.  Je finis par m’endormir vers 2h du matin, les contractions se sont arrêtées.
Le lendemain matin, plus de contractions mais toujours aucun signe d’elle.  Je mange, je prends un bain mais toujours rien.  Je décide de me rendre à l’hôpital seule, mon conjoint étant au travail.
La safe femme pose le monitoring et là, c’est le silence total.  Elle me demande comment est elle placée et je comprends qu’il y a un problème même si je refuse d’y croire.  Elle va chercher un échographe et revient avec le médecin.  Silence total.  Je commence à pleurer.
Habituellement, on trouvait son cœur sans aucun souci.  La gynéco me demande d’aller dans une autre pièce où l’échographe est plus puissant.
J’essaie de me contenir, je me répète que j’imagine toujours le pire mais elle va trouver, ça ne peut pas m’arriver, puis elle me regarde et m’annonce “je suis désolée la grossesse s’est arrêtée”.  Et là je m’effondre.
Elle appelle mon conjoint pour qu’il me rejoigne.  Il m’appelle sur la route, je suis incapable de lui dire par téléphone de peur qu’il ait un accident.  En arrivant le médecin lui annonce la terrible nouvelle.
Ma petite princesse tant désirée nous a quittés à 40SA.  Je demande une césarienne sur le champ, je veux qu’elle sorte, je ne peux pas rester avec ma petite fille morte dans le ventre, la gynéco m’explique les risques, … et on me propose un déclenchement le soir même.
Pendant la nuit, je suis en état de choc, je refuse de croire que c’est la réalité, je redemande une échographie mais le cœur ne bat plus.
Au moment de pousser, je refuse, je répète que je n’y arriverai pas, et puis elle arrive, on la prend dans la pièce à côté, et j’espère un miracle, un cri …
Jeanne naîtra le 2 janvier à 7h56 sans un bruit.
Je ne me pardonnerai jamais le fait de ne pas être allée aux urgences la veille lorsque j’ai eu ce doute.  Je n’ai pas su la protéger, et j’aurais dû m’y rendre immédiatement.  La gynécologue m’a dit que ça n’aurait rien changé car, pour reprendre ses mots, “quand on ne les sent plus bouger, c’est déjà trop tard”, mais je me dis qu’ils auraient peut-être pu la sauver, peut-être que son cœur battait moins mais qu’elle était encore là … bref, la culpabilité me rongera toute ma vie.
Je n’ai jamais eu les réponses, en tout cas rien de concret, uniquement des suppositions.
Plus de 2 ans, je la pleure toujours, elle me manque terriblement.
2 mois après l’accouchement, j’avais 35 ans, une journée horrible, j’étais au plus mal, j’aurais voulu partir avec elle.  Je lui parle tous les jours, et ce jour-là je lui dis: “si tu veux m’aider, si tu veux me faire un beau cadeau, offre moi une petite sœur ou un petit frère”.
3 semaines plus tard, j’apprenais ma seconde grossesse.  Naïvement peut-être, je pense vraiment que c’est un cadeau de Jeanne, pour m’aider à remonter la pente et me redonner goût à la vie. J’ai passé 8 mois à stresser, mais je ne me suis pas laissée aller pour ce deuxième petit bébé.
Je lui parlais, je lui demandais de rester en vie, je lui expliquais tout, pourquoi certains jours je pleurais et j’avais mal, que ce n’était pas sa faute mais que sa sœur me manquait.
Aujourd’hui sa petite sœur a fêté son premier anniversaire, elle a remis des sourires sur nos visages, elle connaîtra l’histoire de sa grande sœur et du cadeau qu’elle nous a fait.
Elle ne la remplace pas, c’est notre arc-en-ciel, notre bébé bonheur comme je l’appelle.
Ma famille et mes amis n’en parlent plus, comme si notre deuxième fille effaçait la perte de Jeanne, comme si tout allait bien et que je ne souffrais plus. Ils n’ont aucune idée de ce que je ressens au quotidien. Tiraillée entre le bonheur de voir grandir ma petite fille et la douleur de ne jamais vivre ces moments avec sa sœur.
Culpabiliser encore et encore de ne pas être allée à l’hôpital, culpabiliser de rire, de continuer à vivre presque “normalement”. Parfois je ris, puis mon sourire s’efface car je me dis que je n’ai pas le droit d’avoir des moments heureux.  Les larmes coulent régulièrement, une pensée, une musique, un rien me fait craquer.
Il n’y a pas un seul jour où je ne pense pas à Jeanne, je me demande sans arrêt comment elle aurait été, quel visage elle aurait eu.
A chaque événement, il y a toujours cette douleur, le manque … ma famille ne sera jamais au complet.  Il manquera toujours quelqu’un sur les photos et dans nos bras.  Une partie de moi est partie avec elle, je ne serai plus jamais la même.
Ma petite Jeanne, dans mon cœur pour toujours
02.01.24 / 01.01.24

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