Icône d'étoile | Au-delà Des Nuages

Henri*

Mon premier enfant.  En juillet 2023, j’apprends ma grossesse.  Un bébé que j’ai désiré pendant des années, c’était le moment : une stabilité personnelle et profes... Lire plus

Mon premier enfant.  En juillet 2023, j’apprends ma grossesse.  Un bébé que j’ai désiré pendant des années, c’était le moment : une stabilité personnelle et professionnelle acquise depuis 2 ans et demi, une maison et deux gros chats plein d’amour pour accueillir le premier enfant, premier neveu, premier petit-enfant et premier arrière petit enfant de nos 2 familles.  Une grossesse qui se passait bien.
Lors de l’échographie du 2ème trimestre, à 22 semaines d’aménorrhée, la sage-femme échographiste m’annonce un petit poids … Pas d’inquiétude, il y a beaucoup de petits bébés.  Mon dossier est transféré à l’hôpital en Territoire de Belfort, on me confie à une gynécologue toute gentille, toute douce, qui refait un bilan complet de mon cas.
Retard de croissance inférieur au premier percentile, donc retard de croissance intra-utérin sévère et précoce, mauvaise transfusion avec le placenta … Elle m’explique immédiatement que la grossesse n’ira pas à terme, il y aura une grande voire extrême prématurité et que le risque que mon enfant décède est possible.
J’ai écouté ces paroles sans m’en faire, j’étais persuadée que tout irait bien, la médecine a fait des progrès spectaculaires.
En 2 semaines de temps, vers 24 semaines d’aménorrhée, mes suivis chez une autre sage-femme démontrent une tension à la limite et un début de protéinurie.  On m’envoie encore à l’hôpital.  J’ai gagné le droit d’uriner dans un bidon pendant 24 heures et comme je n’avais pas assez rempli le bidon, j’ai dû le faire une deuxième fois.

Au bout de la seconde fois, le lendemain de Noël (moment magique avec l’annonce du sexe du bébé), ils me gardent mais trop longtemps.  Puis là, ils me transfèrent au CHU de Besançon.  Je ne savais pas que je ne retournerais pas chez moi.

Le 26 décembre 2023 à 19h00 j’arrive au CHU à 26 semaines d’aménorrhée + 4 jours.  On me demande pourquoi je suis là, je réponds « mon bébé est trop petit ».  Et on me rétorque « vous avez une suspicion de pré-éclampsie ».   Et bien, merci de me l’annoncer.  La journée du lendemain se passe avec des monitorings.
Le surlendemain, je saute sur mon petit déjeuner et à peine ai-je croqué dans mon pain avec mon beurre qu’on vient me dire « Madame T… je vous arrête vous allez accoucher ».   HEIN ?!  Je n’ai même pas le temps de comprendre, ils m’emmènent avec le lit en salle de naissance …
Mon bébé a le cœur qui ralentit, ils ne veulent pas prendre de risque, césarienne code orange instantanée … Mon compagnon a eu le temps de faire le trajet le plus dangereux de sa vie … Spoiler : 230km/heure sur l’autoroute …
En 30 minutes top chrono, mon fils est né à 26 semaines d’aménorrhée + 6 jours avec un poids de 510 grammes et une extrême prématurité.
Mais, je ne m’en fais pas.  Je ne le vois pas, je ne l’entends pas, mais je ne m’en fais pas.
Après les 2 heures en salle de réveil, on m’emmène dans la chambre de mon fils en réanimation, j’arrive à le voir, il était si petit, ce n’était pas possible, je pense que j’étais dans le déni à ce moment là.  Il était branché partout, il avait la peau rouge, des bras plus fins que mes doigts.  Nous sommes allés le voir 1 heure par jour, on ne savait pas quoi faire, si c’était bien, pas bien.
J’ai eu droit à mon premier peau à peau, c’était spécial mais personne n’imagine à quel point cela m’a apaisée, j’ai senti mon corps se détendre, mes seins se gonfler de lait.
Le 31 décembre, il avait 3 jours de vie et on m’a réveillée à 6h00 du matin pour me dire que mon bébé n’allait pas bien.
En réalité il était en train de mourir.   La saturation en oxygène était trop basse, et d’une seconde à l’autre, on me pousse le fauteuil hors de la chambre pour je ne sais quelle raison, tous les médecins arrivaient pour des radios, échographies … Une auxiliaire m’a dit à ce moment là : « j’espère que votre compagnon aura le temps d’arriver, j’ai peur que ce soit trop tard ».
J’étais dans le déni, j’ai entendu sans comprendre ce qui se passait, je n’ai eu aucune émotion, aucune réaction.

Quand j’ai pu rentrer dans la chambre, j’ai posé ma main dans la couveuse, et mon fils a remonté la pente, c’était incroyable.

Nous avons passé la journée entière et le nouvel an avec notre fils, nos mains dans la couveuse.

Les jours se poursuivent bien.

Au huitième jour, une auxiliaire est venue faire des soins.  Elle a déréglé la machine … Trop brutalement.  Mon fils qui était réglé sur 50% en oxygène, est remonté à 100, puis 50 à la fin des soins … Et allez savoir, il a fallu le remettre à 100.  À partir de ce jour, il n’est plus jamais remonté.
J’ai compris.  Mon compagnon, lui, croyait en notre fils, mais moi je n’y croyais plus.
A son dixième jour de vie, après une nuit blanche, nous avons pris la décision de le libérer de cette souffrance.  Mon fils est parti en peau à peau sur moi, le 7 Janvier 2024.  Déni.

Je voyais son père le promener dans ses bras, chantonner, hurler, et sangloter.  Il me disait « tu te rends compte, c’est la première fois que je tiens un bébé dans mes bras, c’est notre fils extrême prématuré, notre premier enfant, mort ».

S’en suivent des épreuves telles que : chambre mortuaire, pompes funèbres incompétentes, choix de cercueil, urne, crémation …

Mon fils s’appelait Henri.

“Je t’aime petit chat “, c’est ce que je lui dis à chaque fois que je quitte le cimetière.

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