Je m’appelle Béatrice, j’ai 32 ans et je vis en Belgique.
En 2016 j’ai été victime d’une thrombose cérébrale à cause de la prise de la pilule contraceptive.
Heureusement je n’ai eu aucune séquelle.
Suite à cet incident, les médecins m’avaient avertie que pendant mes grossesses je devrais être suivie avec un traitement anticoagulant.
En 2019, je tombe enceinte de mon fils Gabriel avec un traitement anticoagulant et tout se passe à merveille.
En 2021, j’attends ma fille Audrey. Et en toute logique je reprends le même traitement de Fraxiparine 0.3ml comme pour Gabriel. Tout se passe bien jusqu’aux 6 mois de grossesse.
Le 24 juin 2021, je me rends à la fameuse écho morpho des 5 mois.
Je fais le test du glucose juste avant et malgré tout le sucre que j’ai en moi, au moment de l’écho, Audrey ne bougeait pas sa main qui était devant son visage. L’écho se poursuit et finalement, sa main se dégage de son visage et on peut finir l’écho correctement.
Tout est normal, tout va bien, tout fonctionne bien.
L’examen se termine en estimant le poids du bébé et là il y a un problème. “Le bébé a un petit poids, revenez dans 2 semaines et on voit ce qu’on fait”. Ce sont les mots de la gynécologue. Mon mari et moi rentrons à la maison avec ça.
Mes parents me rassurent: “Béatrice, tu es née à 6 mois et demi avec 1kg200 (je suis moi-même grande prématurée). Des petits bébés, ce n’est pas grave. Tout ira bien, ne t’inquiète pas”.
De mon côté, je me blinde le cerveau avec des émissions sur les grands prématurés. Je me prépare psychologiquement pour ne pas être désemparée au moment venu. Je sens qu’il y a un problème mais j’ai confiance en mon enfant. Le mien va survivre à la grande prématurité.
2 semaines plus tard, la veille du fameux rendez-vous, je ne me sens pas bien du tout. Je prends ma tension à la maison et effectivement, j’ai 17 de tension. Mon fils aîné d’un an et demi est à la crèche. Mon mari est au travail. Et moi je suis toute seule à la maison. Mais je sais que ma maman doit me téléphoner. J’attends son appel pour lui dire que je ne vais pas bien.
Mais je reçois un message de sa part: “Coucou Chérie, je ne te téléphone pas aujourd’hui, je te sonnerai demain après ton rendez-vous, bisous”.
A ce moment-là, je comprends que la vie m’envoie un signe, que je ne dois pas aller à l’hôpital, que tout s’arrangera demain. Mon mari rentre, il voit que je ne vais pas bien, il me demande si je veux aller à l’hôpital. Non, ne t’inquiète pas, je vais me reposer et demain tout s’arrangera.
Le lendemain matin, 08 juillet 2021, je me sens hyper bien. Enfin, on va me dire ce qu’on fait. Enfin, on va aider mon bébé qui ne va pas très bien dans mon ventre, enfin on va l’aider, trouver la solution.
Je pars confiante au rendez-vous tant attendu. Je suis prête à entendre que ma fille doit naître prématurément, je m’y suis préparée exprès.
Allons-y !
L’écho venait à peine de commencer de quelques secondes que ces mots résonnent dans la pièce “Je suis désolée, je n’ai plus de cœur”.
Et la gynéco me donne de l’essuie-tout pour ramasser le gel. Je comprends que c’est fini. Je suis effondrée.
Mon mari me soutient, je demande pardon à Audrey, je ne comprends pas.
Je m’étais préparée, mais pas à ça, je n’avais même jamais envisagé ce scénario. Je sèche mes larmes, je veux rentrer à la maison.
Et là, on m’annonce que je dois rester pour accoucher.
C’est logique mais pour moi c’est incompréhensible: on accouche pour donner la vie, pas pour donner la mort. Mon cerveau ne comprend pas.
À partir de ce moment, le temps s’arrête, je suis un robot. Il est 11h du matin. On m’installe en chambre, je suis toute seule.
Mon mari doit faire des courses pour moi et s’occuper de confier notre fils à la famille. Nous sommes en plein Covid, aucune visite n’est permise, pas même mon fils. Seule dans la chambre, on me parle d’autopsie sur ma fille. Elle n’est pas encore née qu’on me parle de l’impensable.
Au même moment, une infirmière m’apporte un nid d’ange pour y mettre ma fille après la naissance. Les opposés se vivent en même temps.
Je pleure au moment de signer le document d’autopsie et je souris en voyant ce petit nid d’ange tout mignon.
Mon mari, heureusement, me rejoint à 16h. On déclenche l’accouchement à ce moment-là pour que j’accouche le lendemain voire la nuit si ça va vite … personne n’avait prévu qu’une heure plus tard, Audrey serait déjà là. On pose Audrey sur mon ventre et je réalise que c’est un bébé normal.
Je m’étais imaginée que ça allait être une créature bizarre. Je serre ma fille contre moi, j’en profite. L’autopsie me fait peur mais je ne peux rien faire alors je profite d’elle. Le placenta sort et là, à ma grande surprise, la gynécologue crie, pas besoin d’autopsie: c’est une thrombose placentaire! Je suis heureuse, je remercie Audrey d’avoir donné les clés de son décès.
Audrey ne pesait plus que 500gr après la naissance. Et puis la pièce tombe … une thrombose? Ça veut dire que ma fille m’a sauvé la vie.
Si les caillots sanguins étaient venus chez moi, que serais je devenue? Ma fille m’a sauvé la vie et je ne lui ai même pas dit merci de son vivant.
Quant au placenta, il a été autopsié et on a trouvé plusieurs foyers de thromboses … Audrey n’avait aucune chance de survie.
Audrey, ma fille, mon héros, ma fierté, je t’aime à l’infini. Je ne te le dirai jamais assez, MERCI de m’avoir donné la vie. Ta maman qui t’aime …
En 2023, je retombe enceinte de ma fille Julie. Après 9 mois de stress intense, Julie finit par arriver pour mon plus grand bonheur.
Aujourd’hui, je suis une maman comblée par l’amour de Gabriel et Julie.